Celle que l’on surnomme « la rose », Rokia Koné, s’est allié avec Jacknife Lee, pour sortir Bamanan, son premier album international toujours dans son style traditionnel, mais en ajoutant une pointe de modernité.

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Télétravail

Rokia Koné a déjà sorti de nombreux albums au Mali mais Bamanan est le premier à sortir à l’international. Elle a en tout une trentaine d’albums en seulement sept ans de carrière. Des albums très longs, le plus long fait plus de 7h, mais c’est en fait souvent des captations de concerts, donc plutôt des albums live. C’est une habituée des « sumu ». À l’origine le sumu c’était une fête sacrée, organisée par les femmes. Aujourd’hui le mot est utilisé par les jeunes pour parler des soirées en général. Comme je l’ai dit, elle a sept ans de carrière solo, elle a commencé en 2015 avec le collectif « Les Amazones d’Afrique », un collectif de chanteuses et musiciennes engagées contre la violence faite aux femmes. Avant ça elle était dans une carrière de choriste. Elle collabore aujourd’hui avec Jacknife Lee, un Irlandais installé en Californie, qui a déjà produit pour U2, REM, ou Robbie Williams. Le défi était de conserver le style de Rokia mais de moderniser le son. Les deux ont travaillé à distance et ne sont pas croisés une seule fois pendant toute la préparation de l’album. Ils se verront en vrai pour la première fois sur scène pour présenter l’album à leur public. Jacknife y voit l’occasion de travailler librement et d’aller au bout de ses idées sans qu’il n’y ait personne pour interférer.

Artiste engagée

Le morceau Kurunba parle de la condition féminine dans les sociétés patriarcales, et notamment dans la société malienne, une société patriarcale et polygame, dans laquelle elle a vécu. Les femmes sont juste vues comme un moyen de faire des enfants, une fois qu’elles sont eues et élevées leurs enfants, elles sont remplacées par une nouvelle épouse. Kurunba a même eu droit à son petit clip, tourné à Londres, avec une belle équipe de danseurs. Rokia Koné chante en Bambara, la langue la plus parlée au Mali. Elle chante des messages de paix, d’amour, et d’unité, pour lutter contre les violences sexistes, mais aussi militer pour l’accès à l’éducation des jeunes filles, et contre toutes les injustices que subissent les femmes en général. Ses chansons racontent de vraies histoires, elle s’inspire des griots, des sortes de bardes d’Afrique de l’Ouest, des chanteurs de louanges et de récits historiques. Et justement dans Kurunba elle chante l’histoire d’une femme qui se rebelle contre sa condition et lance une malédiction à ses oppresseurs. Pour l’instant il n’y a que deux titres de l’album qui ont été clippés, Kurunba on en a déjà parlé, le deuxième c’est N’yanyan. Elle est allée le tourner au Sénégal, sur l’île de Gorée. Une île qui a une très forte histoire esclavagiste. N’yanyan s’inspire d’une vielle chanson, qui parle des limites de l’être humain, et notamment de la mortalité. Il y a un titre qui est parfait pour se rendre compte du travail de Jacknife Lee sur l’album, c’est Mayougouba, il a mis un rythme de musique de club, avec des percussions et une basse électronique, sans dénaturer le style de Rokia Koné.