Plutôt qu’un témoignage, Gwenaëlle Le Cunff a choisi de transmettre par un roman ce que lui avait appris son cancer du sein : revenir à l’essentiel, savourer l’instant présent, cesser de courir partout… La maladie s’est révélée être pour la jeune femme un maître spirituel.

Le souffle de la salamandre de Gwenaëlle Le Cunff, Le lys bleu

 

Gwenaëlle Le Cunff avait déjà commencé à écrire des romans avant que le cancer du sein la frappe à 34 ans. C’est donc assez naturellement qu’elle a continué à écrire et qu’elle a fait de ce sujet un roman. Elle a préféré la fiction au simple témoignage pour sortir des sentiers battus et raconter bien davantage qu’une maladie, tout un parcours vers la sagesse.

Malades, vieilles et vieux, aides à domiciles, ces personnes que la société efface

Julie l’héroïne de son livre Le souffle de la salamandre est une jeune femme de 32 ans, elle est aide à domicile, ce qu’était aussi à l’époque Gwenaëlle. Le récit détaille avec précision ce travail, à la fois admirable et si peu reconnu, très dur et si riche humainement, que le personnage a choisi d’exercer. Ces aides à domicile, pour l’essentiel des femmes, sont aussi invisibles que celles et ceux dont elles s’occupent, les personnes âgées voire très âgées, souvent presque recluses, parfois dans un grand dénuement économique et comme effacées de la société. Les malades du cancer le sont aussi, à leur corps défendant, parce qu’elles et ils suscitent la peur bien humaine de la mort. Gwenaëlle Le Cunff a totalement transposé son vécu médical dans celui de Julie. Elle nous livre crument les traitements, les effets secondaires (nombreux dans son cas), la solitude, l’extrême fatigue, le fait de devenir à son tour dépendante et aidée au plus fort de sa maladie.

Quant au « corps » médical, il n’est pas toujours bienveillant et même parfois violent, notamment lorsqu’il s’agit de prélever les ovocytes de la jeune femme pour préserver se chances de maternité, malgré les traitements. Il est aussi question d’un milieu médical, comme celui de l’aide à domicile, où le temps est compté, trop compté au point de ne plus laisser place aux contacts et aux échanges humains.

Revenir à l’essentiel de la vie et à l’instant présent

L’autre personnage clé du roman, c’est donc une très vieille femme, qui a 102 ans et semble douée de dons surnaturels. Un peu mystérieuse, Émilienne est à l’écoute de Julie plus que la jeune femme elle-même. Elle sait l’aiguiller vers un chemin de sagesse, vers l’essentiel, vers l’être plutôt que l’avoir, vers le plaisir de l’instant plutôt que la peur du futur et le regret du passé. Ce voyage initiatique, Gwenaëlle reconnaît l’avoir parcouru en suivant ce que lui disait le cancer comme s’il était un « maître spirituel ». Etonnant point de vue, au premier abord, mais il rejoint en fait celui de bien d’autres malades et ex-malades.

En s’ouvrant, en s’alignant sur elle-même, Julie fait donc de belles rencontres, elle trouve en ces personnes des piliers qui jalonnent son parcours de malade et qui ne sont pas forcément des proches. Le personnage rencontre même l’amour au cœur de sa maladie !

Le souffle de la salamandre est donc tout sauf une histoire désespérée. Si ce que vit Julie est dur, c’est aussi une métamorphose, un voyage vers une vie meilleure, vers un apaisement.

Retrouvez Gwenaëlle Le Cunff :

  • vendredi 14 octobre 2022 à la médiathèque de Pont-de-Buis-lès-Quimerc’h
  • dimanche 16 octobre 2022 au village prévention Ma ville en rose de Hanvec
  • dimanche 6 novembre 2022 au salon du livre Châteaulin