Changement de présidence en janvier, de la République Tchèque à la Suède, intégration de la Croatie à l’espace Schengen, interdiction de vente des produits qui contribuent à la déforestation, les actualités de l’Union européenne en cette fin 2022 méritaient quelques commentaires de Breizh Europe Finistère.

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Réécoutez la chronique de Maël Cordeau et Josselin Chesnel

Avant le changement de présidence du Conseil de l’Union européenne, bilan de la présidence tchèque

Au début de l’année 2022, on a eu l’impression qu’il n’y en avait que pour la présidence française de l’Union européenne et à raison. Pour autant il est important de rappeler que ce processus démocratique qui permet à chaque État membre de poser des sujets sur la table des discussions européennes est régulier et ne disparaît pas quand la France laisse la main.

En juillet 2022, la Tchéquie a donc pris la présidence, ses objectifs étaient les suivants : le maintien d’une relative réponse à la crise des réfugiés, la reconstruction de l’Ukraine, la sécurité énergétique, le renforcement des capacités de défense européenne notamment le cyberespace, la résilience économique européenne et enfin la résilience démocratique des institutions.

Cette présidence tchèque était très importante notamment au regard de la guerre en Ukraine. La République tchèque possède une frontière avec l’Ukraine et le gouvernement actuel a vite soutenu le pays notamment en ce qui concerne l’accueil des réfugiés. Pour autant, des enquêtes d’opinion montrent que la population est fortement divisée sur la question. Ainsi 45 % des Tchèques seraient opposés à l’accueil, 53 % seraient pour l’envoi d’aides militaires alors que ce nombre était de 61 % plus tôt dans le conflit. Sur la question de la dépendance énergétique de la Tchéquie vis-à-vis de la Russie : 48 % des Tchèques sont en faveur de l’abandon des approvisionnements russes tandis que 47 % y sont opposés. Le gouvernement tchèque a dû composer entre sa position rapprochée avec l’Ukraine et l’opinion de son peuple.

La Croatie rejoint l’espace dit Schengen et la zone euro

Effectivement, candidate depuis des années et des années à l’adhésion à l’espace Schengen – qui, pour rappel, est l’espace de libre-circulation appliqué dans l’Union européenne et dans certains des pays voisins (qui consacre la libre-circulation des biens et des services, mais surtout des personnes) – la Croatie se voyait fréquemment critiquée et surtout confrontée au veto de la Slovénie voisine, déjà membre de l’espace Schengen et surtout frontière extérieure directe de cet espace.

Les motifs de ce refus slovène catégorique étaient multiples, audibles – et d’aucuns diraient même légitimes. D’abord il y avait un conflit gelé extrêmement important au sein de l’UE entre les 2 États membres que sont la Slovénie et la Croatie, la seconde (dernier État membre à avoir adhéré à l’UE, en 2013) imposant une sorte de corridor insupportable à la première, ce qui empêchait ainsi la petite Slovénie, disposant pourtant d’une quarantaine de kilomètres de côtes sur l’Adriatique, d’accéder aux eaux internationales.
Un autre motif du refus est lié avec la crise de l’accueil de 2015, qu’on a appelée crise des réfugiés, quand plus d’1 million d’individus est arrivé en Europe à la recherche de la paix, du fait des conflits notamment syrien et irakien, et que des centaines de milliers l’ont fait en traversant la région par la route dite des Balkans.

À cette période, alors que le gendarme slovène des frontières extérieures de l’Union européenne – rôle tenu à cœur par la Slovénie depuis son adhésion à l’UE en 2004, sans problématique majeure – est confronté à cette difficulté toute nouvelle, les autorités croates sont, elles, accusées par de multiples organisations non gouvernementales humanitaires, par des journalistes et par les migrants eux-mêmes de maltraiter ces derniers et d’attenter même à leurs vies et à la dignité humaine. Plusieurs rapports et enquêtes l’ont effectivement démontré au fil des mois et des années, alors que les accusations ne retombaient pas.

Bref, ce sont les 2 motifs qui avaient poussé le plaidoyer de la Slovénie (puis d’autres États membres) contre l’entrée de la Croatie dans l’espace Schengen : inapte en matière de sécurité aux frontières d’une part, irrespectueuse du jugement du droit international rendu il y a déjà quelques années en faveur de la Slovénie s’agissant de l’accès du pays aux eaux internationales d’autre part.

Ce sont donc les raisons pour lesquelles c’est une nouvelle très importante. En gros : la frontière Schengen de l’espace de libre-circulation va s’étendre à des centaines de kilomètres, sur une dimension autrement plus grande que l’actuelle, à savoir celle de la Slovénie.

Deux autres États membres de l’UE étaient par ailleurs candidats à l’adhésion à Schengen, eux aussi depuis un moment : la Roumanie et la Bulgarie, qui ont toutes les 2 adhéré en 2007. Mais cela leur a été refusé.

La fronde fut cette fois menée non pas par la Slovénie mais par les Pays-Bas, en partie pour des raisons similaires à celles de la Slovénie à l’époque : non seulement la nation du Nord de l’Europe reproche – particulièrement à la Bulgarie – le manque d’efforts prégnants en matière de lutte contre la corruption organisée, mais en plus les toutes récentes accusations portées par de jeunes migrants afghans, des journalistes et des associations et autres organisations humanitaires contre la police bulgare aux frontières, là encore documentées (et par ailleurs pas tellement niées par les Bulgares eux-mêmes) n’ont pas convaincu les Pays-Bas de lever leur veto sur la question, le pays ayant par ailleurs été assez soutenu par l’Autriche à cet égard ; d’autant qu’une extension de Schengen à la Bulgarie ouvre une nouvelle frontière Schengen avec la Turquie, pas exempte d’opérations de chantage en la matière, comme on l’a déjà observé à maintes reprises vis-à-vis de la Grèce notamment.)

D’ailleurs, on parlait de la Croatie… ! Cela a peu de choses à voir, mais ce n’est pas le seul grand changement auquel la Croatie sera confrontée dans le cadre de son intégration européenne pleine et entière dès le 1er janvier 2023, puisqu’elle rejoint aussi, après de maintes discussions difficiles à cet égard, la zone Euro. C’est maintenant un prérequis pour adhérer à l’Union européenne, et plusieurs années avaient été données au pays pour tâcher de se conformer aux règles en vigueur au sein de la zone Euro avant d’y être intégrée. C’est chose faite : la Croatie est dorénavant le 20e pays à intégrer la zone.

On espère que l’adaptation et que la mutation économique de la kuna, monnaie locale, à l’euro, monnaie commune, se fera sans trop d’encombres pour le peuple croate.

La guerre en Ukraine  : retour sur un événement de Breizh Europe Finistère consacré à ce sujet

Le 7 décembre 2022 les bénévoles de l’association Iroise-Ukraine et ceux de Breizh Europe Finistère ont organisé une rencontre entre Ukrainiens et Français pour échanger au sujet de la guerre et valoriser l’action d’Iroise Ukraine qui est devenue depuis le 24 février 2022 une association d’aide humanitaire. En effet les bénévoles accompagnent les réfugiés, cherchent des logements et continuent de collecter des produits de première nécessité.
Lors de cette rencontre, nous étions en direct de Kyiv grâce à Olena, une citoyenne ukrainienne que nous avions rencontrée à Brest et qui, à ce moment-là de la visioconférence, n’avait pas d’électricité à Kyiv. Depuis la fin de l’été, les forces russes s’acharnent sur les infrastructures énergétiques civiles, la moitié du réseau ukrainien est endommagé. Alors que les températures s’apprêtent à devenir négatives en Ukraine et pour une longue période, la présidente du Parlement européen et le réseau Eurocities (le réseau de 200 grandes villes européennes) ont appelé l’ensemble de l’Europe à envoyer des générateurs pour aider les civils à passer cette nouvelle étape du conflit.
En réponse à l’acharnement russe, l’Union européenne renforce à nouveau son soutien envers l’Ukraine avec un nouveau prêt de 18 milliards d’euros pour l’année 2023 qui servira à reconstruire les infrastructures, répondre aux dépenses immédiates et aussi appuyer le pays dans sa trajectoire vers l’intégration européenne.
Aujourd’hui à 14h débutera à Bercy une conférence internationale pour la résilience et la reconstruction de l’Ukraine. La conférence sera ouverte par les présidents français et ukrainien, il y aura sur place le premier ministre ukrainien afin de réfléchir aux modalités d’une reconstruction de l’Ukraine sur le long terme. Si 500 entreprises françaises ont été conviées, l’événement revêt une dimension internationale pour à nouveau affirmer le soutien de la communauté internationale pour l’Ukraine et notamment pour préparer la fin du conflit.

La fin des importations de produits issus de la déforestation sur le territoire de l’UE

Les Vingt-Sept ont trouvé un accord et interdiront effectivement sur le territoire de l’Union européenne, c’est à dire sur le territoire des Vingt-Sept, les produits issus de la déforestation, notamment d’Amérique latine et du Brésil – comme on l’aura compris. Attention néanmoins, car cela ne concerne pas encore l’ensemble des produits (même si c’est sans doute un premier gros pas amené à aller vers cette interdiction totale justement).

Le but : contraindre les producteurs de produits fabriqués à partir de matières brutes issues de la déforestation (soja, palme, cacao, café, etc.) à revoir toute la chaîne, sans quoi cet immense marché mondial qu’est l’Union européenne ne les achètera plus. C’est vraiment une décision historique qui a du poids : non seulement environnemental, car elle va pousser toute l’activité économique relative à ces produits à revoir leur chaîne, mais en plus c’est une énième et ô combien efficace démonstration commerciale selon laquelle l’Union européenne est très forte quand il s’agit pour elle d’imposer ses normes au monde (normes environnementales et sociales). Comment faire avancer la lutte contre le dérèglement climatique sans de pareilles décisions historiques ?

Aujourd’hui, l’accord concerne donc des produits comme ceux pré-cités, ou encore le caoutchouc. Demain, il est à espérer que cela concernera l’ensemble des produits issus de la déforestation (de la forêt amazonienne notamment, mais aussi des autres surfaces boisées), comme par exemple le maïs, dont la culture est prolifique en Amérique latine pour le marché européen.

C’est vraiment une décision très importante, ces transformateurs de produits issus de la déforestation ne pouvant clairement pas se voir permis de continuer d’avoir une activité économique durable sans l’essentiel accès pour eux à notre marché européen. C’est la première décision du type dans le monde. C’est extrêmement fort.

Par ailleurs, sur ce domaine de lutte en faveur de l’environnement… la Commission européenne a fait connaître il y a plusieurs jours sa volonté de reprendre la suggestion française relative aux vols aériens. En France effectivement, il est prévu que tout vol domestique qui ne nécessite pas davantage de temps que 2h30 de train soit supprimé à terme (ce sont les vols Paris-Lyon, Paris-Bordeaux et Paris-Nantes qui sont les plus concernés). La Commission a effectivement proposé la même chose mais intra-UE, pas dans la seule France. C’est aussi ce qui permettra de favoriser le rail et surtout de le développer de nouveau.

La nouvelle présidence de l’UE début 2023 : la Suède et ses priorités

C’est la Suède qui va terminer le trio France-Tchéquie-Suède. Bien qu’on ne connaisse pas encore les orientations de sa présidence, elles devraient être similaires à celles des deux précédents États.
Ces derniers mois, tout comme la Finlande, la Suède a eu une place importante sur la scène européenne notamment pour la demande d’adhésion à l’OTAN. Le fait que la Finlande et la Suède rejoignent l’alliance est un bouleversement, cela faisait plusieurs décennies que les États refusaient l’alignement militaire. Mais le processus d’adhésion ultra rapide des deux États n’est pas encore terminé. Sur les 30 alliés de l’OTAN, 28 ont déjà ratifié l’adhésion des scandinaves. Il ne reste que la Hongrie et la Turquie. La Turquie refusait tant que la Suède et dans une moindre mesure la Finlande ne lançait pas un processus d’extradition de réfugiés kurdes de son territoire. En Turquie, les Kurdes et leurs émanations politiques organisées sont considérés comme des terroristes. Depuis, les deux États ont relativement répondu à ce que demandait le président turc Erdogan à ce sujet, d’après Washington, Istanbul devrait très prochainement annoncer la ratification de l’adhésion.
Enfin la première des priorités reste l’Ukraine et il n’y aura pas de doute que la Suède maintienne la continuité de l’engagement des 27.

Il est toujours difficile de traiter de l’ensemble des sujets européens en si peu de temps mais il est certain que les prochains mois vont être rythmés notamment avec la campagne des élections européennes qui va très vite débuter ou encore le scandale de corruption qui vient d’être dévoilé au Parlement européen : moins de 10 députés sont accusés d’avoir touché des pots de vin de la part du Qatar, une affaire un peu différente mais tout aussi grave de celle de l’extrême droite française qui avait détourné de l’argent public à des fins d’enrichissement personnel. Affaire à suivre.