Photo de couverture :  photo par Jean Roualec-Quéré de la collection Marthe Le Clech versée aux archives de la mairie de Taulé.

En retraçant son histoire familiale en Trégor, Jean Roualec-Quéré a notamment découvert la vie des gabariers qui transportaient les marchandises sur la Penzé, l’un des fleuves du Nord Finistère. Il nous raconte cette micro histoire des 19e et 20e siècles à travers celle d’un de ses ancêtres, Jacques Saliou.

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Par curiosité personnelle, Jean Roualec-Quéré s’est plongé dans la vie de ses ancêtres paysans du canton de Taulé (Guiclan, Taulé, Henvic, Locquénolé et Carantec) et il s’est attaché à recueillir la mémoire familiale. Mais de fil en aiguille, cet historien passionné en a fait un mémoire de master de plus de 700 pages  Hamon Saliou et les siens : étude ethno-historique d’une famille de paysans du canton de Taulé (1877-1973). Il s’agit de « micro-histoire », théorisée par Carlo Ginzburg et qui consiste à étudier l’histoire sur des échelles locales pour en comparer les éléments à l’histoire plus globale.

Parmi la galerie des portraits de l’histoire familiale, Jean Roualec-Quéré a découvert un personnage, un gabarier de la Penzé, Jacques Saliou.

Le village de Penzé et son port de commerce avec l’île de Batz

La Penzé est un des fleuves du nord Finistère qui marque une frontière entre le parler trégorois et le parler léonard. Il fait la jonction également entre les mondes maritimes et terrestres. Le village de Penzé, à cheval sur la rivière en fond d’aber, est aujourd’hui situé sur les communes de Plouenan, Guiclan et Taulé ; il reste quelques maisons d’un village autrefois consacré en paroisse et qui a compté plusieurs milliers d’habitants. Aux 19e et 20e siècle, il se distinguait des autres villages et ses habitants étaient perçus comme des « bourgeois » par rapport aux paysans des environs.  Et le port au milieu du village n’était sans doute pas étranger à cette perception.

Car les habitants de Penzé vivaient de la rivière, en assurant notamment le transport des marchandises par gabare. C’est une embarcation mentionnée en Finistère dès 1794, de type sloop à mat unique et fond plat adapté au transport des charges. Les gabares ont été nombreuses dans le bassin morlaisien, de Roscoff à Plougasnou. Au port de Penzé et alentours, on en a compté jusqu’à 25 et en l’occurrence, les échanges se faisaient essentiellement entre Penzé et l’ile de Batz. Il fallait trois personnes pour mener le bateau et ses marchandises : patron, matelot et mousse (élevé à la dure).

Le dur métier de gabarier

Les gabariers de Penzé apportaient farine et bois aux habitants de l’île de Batz (et parfois aux Morlaisiens) et ramenaient du goémon aux paysans pour amender la terre, ainsi que du sable, un produit lourd qui rendait le métier de gabarier particulièrement pénible.

C’était aussi un métier dangereux : la Penzé n’est pas toujours facile à naviguer, on pouvait facilement selon la marée s’échouer dans les champs riverains ; et si on tombait à l’eau… surtout l’hiver, on pouvait ensuite mourir de pneumonie ou autre « coup de froid » comme sans doute Jacques Saliou, mort au mois de février à 44 ans.

Ce n’était pas non plus un métier lucratif : le gabarier était souvent aussi pêcheur (de saumons) et parfois paysan pour compléter ses revenus.

Les conditions se sont améliorées quand des bennes de transport ont été installées à partir des années 1930, à l’occasion de la mécanisation du chargement.

Dans les année 1950, la motorisation de la navigation a rendu les gabares obsolètes et ce fut la fin des gabariers de la Penzé.