C’est un milieu naturel d’une grande richesse mais qui est aussi fragile : le maërl nait d’un algue qui se calcifie et dont les bancs constituent un habitat très favorable à la biodiversité marine. Il est étudié de près, en rade de Brest ou ailleurs, par le biologiste marin Jacques Grall.

photo de couverture : Jacques Grall

La thèse de Jacques Grall sur le maërl de la rade de Brest

 

Réécoutez l'interview de Jacques Grall, chercheur en biologie marine à l'IUEM

Le maërl est le résultat de la croissance d’algues rouges qui accumulent le calcaire dans leur structure. Elles ont besoin de lumière mais pas trop ; on peut en voir à basse mer en rade de Brest (grève du Roz à Logonna-Daoulas) et on en trouve dans tous les fonds marins du monde, parfois jusqu’à 100 m de fond voire davantage. Plusieurs espèces d’algues constituent le maërl :  Lithothammium corallioides et Phymatolithon calcareum (présente au Loch à Landevennec et grève du Roz) mais aussi la plus rare Lithophyllum fasciculatum uniquement présente en 2 endroits au monde, dont la rade de Brest.

Ces algues sont libres, non enracinées même si elles naissent sur un caillou. Quand l’algue casse, cette « bouture » pousse à son tour en formant des bras calcaires. On ne lui connait pas beaucoup de prédateurs si ce n’est un petit gastéropode qui arrive à dissoudre le calcaire. Et bien sûr, les humains qui en ont fait un grand usage, surtout à partir du 18e siècle pour amender les terres agricoles (même si la pratique remonte sans doute à l’Antiquité). Plus récemment, on a aussi utilisé le maërl pour reminéraliser l’eau dans les petites unités de traitement.
On n’exploite quasiment plus le maërl en France car son prélèvement est très réglementé.
La rade de Brest est le plus grand banc de maërl en France. En Europe, il en existe de plus vastes en Norvège.

Une nurserie favorable à une grande biodiversité

Visuellement, un banc de maërl se présente comme un tapis rose, parsemé de concrétions, de branches et d’anfractuosités. Dans ces dernières viennent s’abriter de petits poissons, des juvéniles de coquilles Saint-Jacques, palourdes (pour lesquelles le maërl fait office de « nurserie »°, de petits crustacés et d’autres algues. 150 espèces sont répertoriées dans le maërl dont certaines uniques à cet habitat. Un petit ver rouge tacheté de noir, Hesione pantherina, est ainsi complètement dépendant de ce milieu.

Le banc de maërl de la rade de Brest a une épaisseur de 3 à 5 mètres (mais ça peut être davantage ailleurs dans le monde) et ses habitants ont profité du caractère relativement fermé de la rade qui limite les courants et le brassage.  pas trop brassé (mer fermée) et donc favorable

Le maërl sous les pressions de la pêche, des pollutions de l’eau et de l’acidification

Actuellement, même s’il n’est pas exploité, le maërl est cassé par les engins de pêche à la praire, des  dragues avec des dents de quelques centimètres qui grattent la couche supérieure du banc pour récupérer les coquillages. Ce maërl arraché est recouvert de particules, lesquelles limitent l’accès à la lumière qui lui est nécessaire.

La santé du maërl est aussi très liée à la qualité de l’eau : les bancs abritent des éponges qui produisent de la la silice dont la présence favorise des « bons » phytoplanctons. Si les éponges sont abîmées, d’autres planctons prennent le relais, toxiques. Ces blooms toxiques sont fatals à la coquille Saint-Jacques, au pétoncle noir, aux huitres plates… 
Les problèmes de pollutions liées aux défauts d’assainissement en rade de Brest ont aussi touché le maërl jusqu’à ce que le contrat de baie permette de réduire les effluents urbains et amélioire visiblement la qualité du maërl, en particulier celle du banc de Keraliou.
Le maërl peut aussi subir les conséquences de l’eutrophisation d’origine agricole : nitrates et phosphates favorisent la prolifération d’autres algues qui entrent en concurrence avec le maërl et l’étouffent. 

Comme il est calcaire, le maërl souffre de l’acidification des océans, liée à la dissolution du CO2, lui-même lié au réchauffement climatique.