Scaring The Hoes est un album amusant et inventif ; un mashup de hip-hop expérimental qui utilise une collection vraiment folle de sons et d’influences, ayant des publicités des années 80 aux chœurs de gospel.

Que se passe-t-il lorsque deux des artistes les moins conventionnels du hip-hop sont réunis sur un même album ? Vous obtenez Scaring The Hoes. Il était inévitable que ces deux-là finissent par collaborer à un moment ou à un autre. JPEGMAFIA le rappeur d’Atlanta et Danny Brown de Detroit se complètent étonnamment bien. Ils apportent leurs propres nuances sur les productions les plus étranges que JPEG ait créées depuis longtemps. Le résultat final est un album plein de chaos contrôlé et d’énergie maniaque qui ne pouvait être réalisé que par ces deux rappeurs.

Sur le morceau d’ouverture de l’album, JPEGMAFIA consacre son premier couplet à résumer l’éthique de Scaring the Hoes. Incroyablement agressif, tant au niveau de la production que du contenu, sa première collaboration avec Danny Brown, est un hommage à la synergie créative et au fait d’aller à l’encontre du courant dominant. Le résultat est un mélange turbulent d’idées et de sous-genres qui rend l’énergie de l’album palpitant lorsque ça fonctionne, et un peu bordélique quand ça ne fonctionne pas. En tout cas, il ne faut pas s’attendre à une écoute paisible mais c’est aussi ça qui rend le projet passionnant. 

La production de l’album comporte un élément fait-maison énorme qui donne à l’album cet aspect bien unique. Chaque morceau est un collage de divers samples et autres sons qui fonctionnent incroyablement bien ensemble. En tant que producteur, JPEG est connu pour faire des instrumentaux avec les samples les plus obscurs et barjo, mais ici il monte d’un cran. La majeure partie de l’album est un mélange de musique industrielle, d’hyper pop, de glitch et de rap. A un moment on peut entendre un solo de saxophone sur une batterie hurlante et la minute d’après, il découpe le morceau “Milkshake” de Kelis et l’utilise pour le rythme du morceau “Fentanyl Tester”.

Dans ce morceau, le sample de “Milkshake” de Kelis se transforme en un rythme trap bégayant, accompagné d’une basse souterraine rugissante, jusqu’à ce qu’il disparaisse et qu’un breakbeat introduit Danny Brown, en plein sprint, en train de rapper sur le sujet de la consommation excessive. C’est avec un mastering inexplicable – la voix de Brown n’est jamais tout à fait percutante dans le mixage, comme si elle provenait d’une voiture garée à l’extérieur du studio – donne l’impression d’être aussi brut qu’un Live Instagram. 

Par moments, Scaring the Hoes a des allures d’art moderne : samples audacieux, références à la culture pop et sujets ironiques. C’est un mélange violent de pop et d’expérimental, et une exploration de la limite entre l’indépendance artistique et l’attrait commercial. La sensibilité culturelle de l’album finit par faire le gros du travail en termes de cohésion. Les références à tout ce qui va du film King of the Hill à des titres comme “Jack Harlow Combo Meal” ou y’a une impression de moquerie d’un jeune Eminem, ou encore, d’un South Park qui n’a pas peur de se moquer de la morale capitaliste. L’album apparaît dans son intégralité sur YouTube, avec une imposante police de caractères rouge et son titre ironique imprimé comme s’il s’agissait d’un titre grandiose de Drake. 

Bref, cet album est amusant et inventif ; un mashup de hip-hop expérimental qui utilise une collection vraiment folle de sons et d’influences, ayant des publicités des années 80 aux chœurs de gospel. Cette combinaison n’a peut-être pas de sens pour tout le monde, mais ce sera un classique culte longtemps revisité pour ceux qui l’auront compris.