Comment résoudre l’équation entre besoin de logements et préservation des ressources et du climat ? Deux spécialistes finistériens de la construction écologique Céline Marzin, constructrice en paille et Arnaud Appriou charpentier et recycleur de matériaux nous expliquent.

Qu’est-ce qu’un habitat écologique ? Derrière cette question, se pose une équation douloureuse : d’un côté l’évolution des modes de vie (divorces et séparations, refus de cohabiter avec ses parents âgés) et la croissance de la population accentuent la crise du logement. De l’autre le grignotage par étalement urbain des terres sauvages menace le climat (car ces terres absorbent les gaz à effet de serre) ou la perte des terres agricoles menace notre alimentation.

Des façons d’habiter à repenser

Dès lors, se poser la question de l’habitat écologique c’est déjà se poser la question de ses besoins et des usages. Nos deux invités sont engagés depuis longtemps dans l’habitat écologique. Céline Marzin s’est formée à la construction et rénovation en paille et Arnaud Appriou est charpentier et il monte actuellement une association de stockage, recyclage et revente de matériaux écologiques du bâtiment à l’échelle du Finistère.
Pour tous les deux, l’habitat écologique c’est d’abord faire avec l’existant donc en priorité rénover.

L’ éco-logis est aussi celui qui sait s’intégrer dans le paysage vivant, être en relation avec les autres être vivants par son intégration, sa durabilité, sa capacité à être recyclé.

Ensuite, l’idéal c’est un logement qui consomme le moins de surface, d’énergie et d’eau dans son usage.

Il s’agit donc de repenser nos façons d’habiter : des hameaux, des quartiers de bourgs où certains équipements ou locaux sont mutualisés (buanderie avec lave-linge, chauffe-eau, chambres d’amis, atelier, cabane de jardins, etc.). Ce sont aussi des habitats qui peuvent cultiver la solidarité entre générations, les liens entre voisins, le lien vers l’extérieur aussi.

En cas de besoin de « neuf », faute d’ancien à rénover, on peut aussi penser « hameaux légers », au moins pour des usages temporaires : tiny houses, yourtes, Kerterre permettent une vie tournée vers l’extérieur voire répondent à une envie de nomadisme. Ils ont en tout cas le mérite de ne pas artificialiser durablement les sols.

Des techniques ancestrales de construction à réinventer

Pour la construction comme la rénovation, l’écologie suppose l’utilisation de matériaux dits biosourcés, issus de végétaux comme les pailles (de blé, de riz, voire de roseau), les bois issus de forêts gérées, voire animaux (laine de moutons). On est donc sur des ressources renouvelables et non fossiles ou minérales (pas de sable). Tout est question d’équilibre dans les usages. La terre peut être un bon matériau de construction, peu énergivore si elle est utilisée en briques de terres crues ; il existe des bâtiments qui ont plusieurs siècles et qui sont construits à base de terre en Bretagne. Retrouver des techniques très anciennes et les adapter aux nouveaux besoins, multiplier les techniques et donc les matériaux, ce sont aussi des voies pour répondre à la question des ressources.

Il faudrait moins de 15 % de toute la paille produite en France pour isoler tous les bâtiments qui en ont besoin (paille et bardage en bois ou enduit).

En construction, la paille peut aussi faire office de matériau porteur, ou être combinée avec une ossature bois.

Des matériaux biosourcés à recycler

Du côté du recyclage, ce sont les isolants qui sont les plus intéressants à récupérer, ne serait-ce que parce qu’ils coûtent cher : dalles de lièges, fibre de bois compressée et autres bio-fibres, jeans (transformés en Métisse), ouate de cellulose (à partir des vieux journaux comme le fait l’entreprise d’insertion Cellaouate à Saint-Martin-des-Champs). L’idée est aussi de récupérer localement ces matériaux, sans générer des transports excessifs, en collectant auprès des artisanes et artisans et en leur proposant des solutions pour trier à la source.

Reste ensuite à expérimenter les techniques pour réemployer ces matériaux une fois qu’ils sont rebroyés, notamment pour définir la densité efficace.

Reste aussi à adapter la réglementation du bâtiment pour permettre notamment que l’usage de matériaux recyclés soit pris en compte par les garanties décennales et assurances habitation.