Une nouvelle chronique didactique sur l’Union européenne. Comme toute instance de décision et lieu de pouvoir, l’UE est le sujet de fausses informations. Breizh Europe Finistère déconstruit quelques-unes de ces infox.

Réécoutez la chronique de Maël Cordeau et Josselin Chesnel

Par Josselin Chesnel et Maël Cordeau

Après le point vocabulaire européen, on s’attaque aujourd’hui à quelques « fake news » autour de l’Union européenne, son fonctionnement et les décisions de ses institutions.

Beaucoup de fausses informations, d’infox circulent autour du sujet européen.

Une théorie du complot : les origines nazies de l’UE

Commençons par une théorie du complot très réputée chez les anti-UE et plus particulièrement chez une figure politique française très attachée au Frexit, enfin si on peut appeler ça une figure politique. On pense à une personne en particulier mais sachez qu’il en existe beaucoup trop. Ces personne font notamment reposer toute leur idéologie politique sur l’idée selon laquelle l’UE aurait été construite par d’anciens nazis. Ce projet farfelu aurait été mené par Walter Hallstein, le premier président de la Commission européenne. Nul besoin de se perdre dans les détails de cette histoire montée de toute pièce. De plus, ces personnalité politiques françaises et leur amis pensent aussi que l’Union européenne aurait été créée par la célèbre agence de renseignements étatsuniennens, la CIA, notamment, en instaurant l’actuel découpage régional des pays européens pour ainsi les affaiblir sur le plan économique et créer un vassal
antirusse. Cet argument de haute voltige est naturellement appuyé par la vision fédéraliste que portait Walter Hallstein. En gros nous vivons dans une démocratie européenne construite par les nazis.
Vous ne serez pas surpris qu’on vous dise qu’il s’agit d’une grosse infox. De nombreuses archives historiques retracent la vie de Walter Hallstein et nous sommes loin de la version proposée par les frexiteurs. En effet pourquoi les nazis auraient construit un continent avec une vision politique nettement libérale et qui s’est construit autour d’un idéal de paix et de diversité, deux éléments complétement contraires à l’idéologie nazie et celle du fascisme italien ?
De plus, si la CIA avait vraiment mis son nez là-dedans, eh bien c’est complètement raté en matière d’affaiblissement économique puisque l’Union européenne est le premier marché économique du monde. Bref… Cet exemple visait à vous montrer qu’en construisant bien un récit, on peut vite emmener des personnes à croire n’importe quoi, or, il y a des faits et vivre dans un fantasme historique peut être dangereux.

Manipulations mentales autour du scrutin européen

Pour autant il existe des fausses informations plus subtiles et qui sont couramment utilisées pour décrédibiliser l’action européenne, nous vous en proposons aujourd’hui un extrait.Examinons d’abord une infox qui s’apparente plutôt à un cours de stratégie électorale européenne notamment pour le bloc politique de gauche Français. En effet, en France à l’approche de chaque scrutin, il y a un débat très franco français sur les listes d’union de la gauche, mais aussi de la droite, depuis l’évolution du paysage politique en 2017. Et donc il y a ces débats où les partis et les électeurs, notamment à gauche, affirment qu’une union serait forcément gagnante aux élections européennes. C’est-à-dire que l’addition des scores habituels des partis de gauche au scrutin européen ferait de facto de la liste d’union des gauches la première nationale en score.

C’est sans doute honorable, l’union des mouvements et des électeurs, mais c’est oublier que le scrutin européen est proportionnel et à un tour. Et donc que ce n’est pas le score global qu’il convient de considérer pour avoir un nombre de députés maximal mais bien l’addition des scores pris individuellement.  Pour faire simple et l’illustrer, en 2019, le parti de la majorité présidentielle, avec son score de 22 %, a obtenu 23 députés européens. C’est à peu près 1 eurodéputé par pour cent dans 1 an, si chaque parti français conséquent qui se revendique de la gauche (eelv, ps, lfi, pc, pp, petits nouveaux et autres, etc) faisait indépendamment au minimum un score de 5%, alors il y aurait au moins approximativement une vingtaine sinon une trentaine d eurodéputés pour représenter la gauche, puisque le seuil d’obtention d’au moins 5 députés est fixé à 5%. Contrairement donc à une liste unique à 25 pour cent par exemple qui en aurait donc environ 25. Le calcul est vite compréhensible, pour être fort au Parlement européen il faut être diversifié.

Les électeurs dans tous les cas de figure votent pour une liste qui défend les valeurs qui leur correspondent, c’est l’avantage d’un scrutin proportionnel puisqu’ il y aura forcément un élu qui représentera un citoyen donné, même si on y est peu habitués en France,tandis qu’une liste d’union est par essence une liste de concessions qui ne verra pas nécessairement ses valeurs défendues. Ipso facto dès qu’on a un électeur qui veut défendre les valeurs associées au conflit en Ukraine, ou à la science, au respect du droit, cet électeur n’aura pas nécessairement envie de voter pour une liste portée par certains, qui n’incarnent pas ou en tout cas discutent ces principes, à gauche et à droite.
 
Sur ce sujet des stratégies électorales des partis politiques, nous en saurons davantage en décembre prochain, lors des élections européennes ; dans tous les cas ça risque d’être très intéressant.
 

L’UE et la réforme des retraites

Autre sujet qui hérisse littéralement le poils c’est celui de la réforme des retraites. On insiste une nouvelle fois dessus : non, l’Union européenne n’est pas à l’origine de la réforme française du système des retraites. Mais alors d’où vient l’information selon laquelle « Bruxelles est à l’origine de la réforme des retraites ? Il est vrai que Bruxelles a demandé aux États membres de veiller à la soutenabilité de leurs systèmes de retraites.
Plus précisément, en 2019, le Conseil de l’Union européenne a recommandé à la France de réformer son système afin que la réforme prévue du système de retraites puisse aider à alléger la dette publique à moyen terme et réduire ainsi les risques pesant sur sa soutenabilité.
Ce processus s’inscrit dans le cadre du Semestre européen, un outil qui veut contribuer à la coordination des politiques économiques des 27 États membres de l’Union européenne. Le Conseil de l’Union européenne travaille avec des grandes orientations des politiques économiques (GOPE) qui sont des lignes directrices non contraignantes. Les recommandations dont celles liées au système des retraites en sont issues, à savoir que ces recommandations viennent du travail des 27 ministres du sujet en question. C’est même inscrit à l’article 288 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) : « les recommandations et les avis ne lient pas [les États] ».
Maintenant revenons sur ce qui est faux : c’est dire que la Commission européenne est aux commandes de la réforme des retraites organisée par le gouvernement français.
Il n’y a donc pas de conditionnalité d’obtention du plan de relance européen : Next generation Eu.
En effet, pour obtenir les 40 milliards du plan de relance de l’UE de 2020, la France devait transmettre un programme de réformes. Alors qu’elle y avait inclus un projet de réforme des retraites, cette suggestion n’a même pas été reprise par la Commission européenne. Dès lors, rappelons-le et insistons sur ce point, le gouvernement français s’est donc engagé délibérément dans ce processus de réforme.

Brexit et migrations

Autre infox qui fait plutôt référence à tout une période, à savoir celle de la campagne référendaire du Brexit en 2016. Les dirigeants conservateurs, les conservateurs du camps du premier ministre David Cameron et les cadres de Ukip, le parti démagogue nationaliste britannique, ont délibérément menti pendant la campagne, notamment au sujet du contrôle des frontières.
Les arguments de campagne disaient que si le Royaume-Uni quittait l’UE, ce dernier retrouverait le contrôle de ses frontières, qu’il détenait déjà dans le droit et dans les faits, prétextant que l’UE leur imposait des migrants, alors que c’est omettre que cela a été et est la politique historique du Royaume-Uni d’accueillir des migrants. Aujourd’hui le nombre d’êtres humains morts dans la Manche n’a jamais été aussi élevé, ce qui traduit bien combien la promesse politique n’en est pas une, tant elle n’a pas abouti, puisque aucun changement n’était à venir sur cette question du Brexit. D’autant plus que les arrivées vers le Royaume-Uni ne découlaient pas tant de décisions européennes mais d’un accord bilatéral entre la France et le Royaume-Uni.

La pêche et l’UE

Voici une infox récente révélatrice du manque criant d’informations des citoyens européens sur l’Union, que cela provienne des médias ou de la classe politique elle-même, volontaire ou non. C’est encore une fois une question de problématique à lever entre règlement, directive et recommandation. On s’explique : la situation de la pêche est telle que les aires marines protégées ne le sont pas de tous types de pêche. L’UE via la Commission a donc souhaité recommander aux Etats l’interrogation à ce fonctionnement afin de protéger plus encore ces aires : ces aires marines protégées sont effectivement des frayères, c’est à dire des zones où les poissons déposent leurs œufs ce qui est essentiel pour la multiplication de la ressource. Le gouvernement français dans ce cadre a prétendu par la voix de ces ministres qu’il s’agissait d’une contrainte imposée aux pêcheurs français par la Commission européenne. Ce n’était qu’une recommandation. Se sont ensuivies de graves affrontements avec les pêcheurs ayant cru de bonne foi leur ministre, et l’incendie de l’Office français de la biodiversité à Brest pour lequel une enquête est en cours car il ne s’agit bien sûr d’accuser personne. Les pêcheurs étaient déjà très à cran notamment en Manche avec le Brexit certes mais aussi l’installation des premières éoliennes en mer, alors c’est dire combien l’attitude du gouvernement dans ce cadre, prétendument en sus extrêmement européen, pose question.

Guerre en Ukraine

Il y aurait mille sujets à traiter s’agissant des fakes news contre l’Union dans ce cadre, mais le plus éminent est peut-être celui, indigne, de laisser croire que ce serait l’UE qui aurait souhaité et poussé à la provocation immonde de cet invasion de l’Ukraine par la Russie. En effet les tenants de l’extrême droite complotiste, surtout, défendent cette notion selon laquelle la Russie ‘n’aurait jamais envahi la Crimée en 2014 si l’UE n’avait pas inutilement provoqué’ celle-ci en souhaitant s’associer plus étroitement économiquement et politiquement avec l’Ukraine d’alors,
qui cherchait des voies vers davantage de démocratie et d’alliances économiques à l’Ouest. C’est oublier que l’Ukraine est un pays démocratique et libre qui fait depuis 30 ans des choix souverains qui la regardent. Quand en 2021 le président Zelensky a souhaité alerter les Européens et les Occidentaux plus globalement s’agissant du comportement de plus en plus brutal et agressif des Russes voisins, tout le monde lui a ri au nez. Déjà il espérait une présence européenne renforcée aux côtés des Ukrainiens ainsi qu’un OTAN à la hauteur s’il advenait que quoi que ce soit arrive.
On connaît la suite, puisque seuls les Américains ont bien voulu croire à l’imminence de cette invasion et de cette agression qui, a ce jour, a fait probablement près d’un demi-million de morts, pour des millions d’exilés déracinés. En Europe. Ce n’est ainsi pas une provocation occidentale qui est en cause, mais bien la continuation d’une logique mortifère qui anime le pouvoir russe depuis que le régime de Vladimir Poutine est installé : l’asservissement des voisins, mesuré dans la douleur pendant la Seconde guerre mondiale, pendant les années de guerre froide qui suivirent, et
maintenant, avec finalement pour seule pause le moment de la dislocation, soit moins encore d’une décennie avant l’arrivée du tyran actuel. En attendant la
prochaine dislocation.

La taille et la forme des légumes

Finissons avec une infox plus légère mais très célèbre qui dit que l’Union européenne serait à l’origine de la taille des légumes. Il est vrai qu’il existe depuis 10 ans un règlement européen qui définit des normes sur les fruits et les légumes, on le rappelle encore un règlement européen se transcrit immédiatement dans le droit national des États membres dès lors qu’il est approuvé par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne. Dans ce règlement, sont définis des éléments qui imposent un cadre de vente dans les commerces. Par exemple, une pomme ne peut être vendue si elle fait moins de 90g. Il y avait aussi le niveau de courbure admis sur les étales, aujourd’hui c’est terminé mais la grande distribution continue parfois de l’imposer.

Ces normes ont soulevé beaucoup de critiques or l’UE ne le fait au départ que par protection du consommateur. A savoir qu’on parle de légumes mais il existe beaucoup d’autres normes alimentaires notamment vis-à-vis des OGM. Cette protection des consommateurs est certes pointilleuse mais fait sens. En effet, imaginons un consommateur un peu procédurier qui achète ses kiwis a la pièce alors qu’ils ont un poids extrêmement variable. Il pourrait attaquer en justice le commerce, le procès pourrait éventuellement créer une jurisprudence, bref l’effet domino est lancé, donc il a été préférable de réglementer pour éviter ce genre de soucis.
Mais, bonne nouvelle ! L’UE n’est pas qu’un monstre économique ! Au regard du gaspillage alimentaire puisque les invendus partent dans les circuits de l’agro-alimentaire ou sont détruits, l’exécutif européen s’est donné comme nouveau défi de revoir sa standardisation de l’alimentation dans les prochains mois. De plus, à la vue du poids du marché économique et commercial européen il va de soi qu’il est important d’avoir une union qui sait standardiser ses produits alimentaires en matière d’importation et d’exportation. Ce qui est intéressant avec ce sujet c’est qu’on voit bien que l’UE sait avancer avec son temps.

C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve après l’été pour décortiquer la période électorale européenne qui s’ouvre très prochainement !